Chronique Littérature 09 décembre 2025 · 3 min de lecture

Chien 51 de Laurent Gaudé

Une dystopie glaçante... loin des poussifs habituels (zombies,virus, robots tueurs), on se projette ici dans un avenir peu engageant mais, helas! tristement réaliste ....

Auteur · 09 décembre 2025
Image fournie par l’auteur

Laurent Gaudé est un auteur français majeur de la littérature contemporaine, souvent salué pour son souffle romanesque et sa manière d’aborder l’humain dans des contextes historiques ou politiques forts. Lauréat du prix Goncourt pour Le Soleil des Scorta, on lui doit également La Mort du roi Tsongor, tragédie moderne qui l’a imposé sur la scène littéraire.

Avec Chien 51, il signe un roman dystopique saisissant. L’action se déroule dans une grande ville divisée selon les classes sociales, dans un futur où les multinationales ont racheté des pays entiers. Un inspecteur désabusé est chargé d’élucider un meurtre, enquête qui va le conduire au cœur d’un système politique corrompu, où manipulations et secrets d’État s’entremêlent.

Si j’ai voulu découvrir ce roman, c’est parce que j’avais été frappée par la portée visionnaire de son adaptation au cinéma. Le film soulignait l’angoisse d’une intelligence artificielle prête à supplanter l’humain. Le roman, lui, explore un autre territoire de peur : celui de la prise de pouvoir écrasante des grandes entreprises, jusqu’à déposséder les individus de leur patrie, de leur identité et de leur capacité à ressentir pleinement. Ici plane la menace d’un monde aseptisé, où l’humain devient produit.

Ce qui rend la lecture marquante, c’est la façon dont cette oppression diffuse se glisse dans l’intrigue, une enquête policière nerveuse et haletante, avec en toile de fond une tentative de sabotage politique visant des candidats en pleine campagne électorale. Cette sensation de se faire avaler par le système vient alimenter l’efficacité du thriller.

Le style de Laurent Gaudé est fluide, agréable, accessible ; on tourne les pages sans effort. Ce qui m’a néanmoins déroutée, ce sont les différences majeures avec le film — événements, personnages, antagoniste, finalité du récit… Mais, étant paru en premier, le roman n’a évidemment pas à répondre aux choix de l’adaptation.

Bilan : une lecture agréable, qui offre une réflexion glaçante sur notre rapport aux puissances économiques, portée par une intrigue efficace et un univers dystopique très immersif. Une plongée sombre, mais passionnante.

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