Publié en 1956, L’Homme qui rétrécit est l’un des romans les plus célèbres de Richard Matheson (1926–2013), figure majeure de la science-fiction et du fantastique américains. Auteur prolifique, Matheson a profondément marqué la littérature et la culture populaire du XXᵉ siècle avec des œuvres comme "Je suis une légende" (que javais adoré). Scénariste pour Hollywood, et notamment La Quatrième Dimension, il a contribué à faire entrer la science-fiction dans une sphère plus psychologique et existentielle, centrée sur l’individu face à l’absurde.
Le roman raconte l’histoire de Scott Carey, un homme ordinaire qui, à la suite d’une exposition à un mystérieux nuage radioactif, se met à rétrécir inexorablement. Son corps diminue, mais son esprit, lui, reste intact, confronté à une réalité de plus en plus hostile. L’ouvrage a donné lieu à deux adaptations cinématographiques: L’Homme qui rétrécit de Jack Arnold (1957), devenu un classique de la SF, et une adaptation plus récente, sortie en 2025, avec Jean Dujardin. L’idée de l’homme minuscule dans un monde gigantesque a durablement marqué la pop culture, inspirant films, séries et récits explorant la perte de contrôle, l’isolement et la relativité de la place humaine dans l’univers.
Ayant beaucoup apprécié ces adaptations, j’aurais voulu aimer le roman… mais ce ne fut pas le cas. J’ai été très perturbée par la déconstruction du récit, construit comme un mille-feuille narratif : on commence par l’élément déclencheur, on bascule aussitôt dans une période où Scott est suffisamment petit pour être traqué par une araignée, puis le récit revient en arrière, repart ailleurs, sans véritable continuité émotionnelle. Cette structure rend difficile l’attachement au personnage.
Scott traverse toutes les étapes du deuil — incompréhension, déni, colère, négociation, dépression, acceptation — mais il est très souvent aigri, colérique, s’en prenant à son entourage, ce qui le rend peu sympathique. En même temps, son sentiment d’impuissance et d’injustice est compréhensible. J’ai toutefois trouvé très juste la représentation de son isolement progressif, social puis total : le monde extérieur devient dangereux, son regard sur la société se durcit, et même la communication avec sa famille devient problématique, et même douloureuse.
En revanche, la partie survival, lorsqu’il se retrouve coincé dans la cave, m’a posé le plus de difficultés, au point d’envisager l’abandon de ma lecture. Centrée sur les besoins primaires — manger, boire, survivre face aux prédateurs — elle m’a semblé moins stimulante que la réflexion sur le phénomène lui-même et sur les moyens de reprendre la maîtrise de son destin.
En résumé, une lecture intéressante sur le plan des idées, mais une déception personnelle, alors que j’attendais un véritable page-turner.
L'homme qui rétrécit de Richard Matheson
Intéressant sur le fond, frustrant sur la forme : voilà ma lecture de L’Homme qui rétrécit.
Auteur · 08 janvier 2026
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