Chronique Littérature 20 février 2026 · 3 min de lecture

Les femmes de la Série Noire, de Natacha Levet et Benoît Tadié

Et si la Série noire n’était pas seulement une affaire d’hommes ? En déconstruisant les mythes et les images toutes faites, ce livre révèle le rôle déterminant de nombreuses femmes dans l’aventure éditoriale.

Auteur · 20 février 2026
Image fournie par l’auteur

Ouvrir ce livre, c’est se plonger dans l’histoire d’une collection éditoriale devenue légendaire : la Série noire, fondée en 1945 par Marcel Duhamel au sein des Éditions Gallimard. Dès ses débuts, elle bouscule les codes du roman policier français en imposant le roman noir américain : un univers plus âpre, plus nerveux, où la violence sociale et morale l’emporte sur la mécanique rassurante de l’énigme.
Face à elle, la collection Le Masque, créée en 1927, incarne une autre tradition : celle du « whodunit », de l’intrigue à tiroirs, du mystère savamment construit. Deux lignes éditoriales, deux imaginaires. À la sophistication du puzzle criminel répond, dans la Série noire, une écriture plus brute, plus sombre, volontiers cynique.
C’est précisément cette image « viriliste » que le livre interroge. Car derrière la façade rugueuse de la collection se dessine une réalité bien plus nuancée. L’ouvrage met en lumière celles que l’histoire littéraire a souvent laissées dans l’ombre : agentes littéraires, traductrices, correctrices, collaboratrices éditoriales. Des femmes dont le travail discret mais décisif a contribué à façonner l’identité, la tonalité et l’exigence de la Série noire.
Dans un second temps, l’essai s’attarde sur plusieurs autrices – principalement américaines – publiées dans la collection. Les éléments biographiques dialoguent avec la présentation de leurs œuvres. On y découvre des romans qui dépassent largement le cadre du simple polar : de véritables romans noirs, portés par une attention fine à la psychologie des personnages et par une acuité remarquable dans l’observation sociale. Aliénation, relations d’emprise, dépendances, fragilités économiques et affectives : ces textes explorent les failles humaines autant qu’ils radiographient leur époque.
Accessible sans être simpliste, l’ouvrage ne se limite pas à une réflexion sur la place des femmes dans une collection éditoriale. Il esquisse également un tableau vivant du monde intellectuel et artistique de l’après-guerre, révélant les dynamiques, les réseaux et les invisibilités qui ont traversé ce milieu.
Un livre éclairant, à la fois documenté et sensible, qui rend justice à ces femmes essentielles et pourtant trop souvent oubliées.

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