Figure majeure de la littérature anglaise, Jane Austen demeure une autrice dont l’influence traverse les siècles. Son regard acéré sur la société et ses études de caractères d’une finesse remarquable continuent de résonner aujourd’hui. Sa postérité est telle que son effigie figure sur les billets de dix livres sterling. Et ses intrigues trouvent encore des échos modernes, de Bridget Jones à Clueless, preuves éclatantes de l’intemporalité de ses observations sociales.
"Ma chère Cassandra" nous plonge dans la correspondance entretenue entre Jane Austen et sa sœur Cassandra entre 1796 et 1817. On sait que Cassandra détruisit une grande partie de ces échanges après la mort de Jane, vraisemblablement pour préserver l’intimité familiale et l’image publique de sa sœur.
Mon ressenti est très positif. L’ouvrage est dense, parfois exigeant : la profusion de noms, de relations, et les nombreuses notes de bas de page peuvent occasionnellement compliquer la lecture. Mais quelle richesse ! Ces lettres constituent une immersion fascinante dans le quotidien sous la Régence. On y découvre des préoccupations étonnamment concrètes : la gestion de l’argent dans une famille nombreuse, les astuces pour renouveler sa garde-robe à moindre frais, ou encore les stratégies pour économiser sur l’affranchissage du courrier.
On mesure aussi combien les relations sociales structuraient la vie quotidienne : organisation de visites, bals, échanges épistolaires. Et Jane Austen s’y révèle délicieusement humaine. Ses commentaires sur certaines connaissances, sur des événements politiques, sont souvent d’une franchise savoureuse. Son ironie mordante ne se limitait décidément pas à ses romans. Si ses positions, notamment sur le mariage ou la natalité, ne surprendront pas les familiers de son œuvre, elles peuvent étonner par leur liberté de ton — rappel salutaire qu’avant l’ère victorienne, l’expression était parfois moins policée.
Le découpage des lettres par années met en lumière une raréfaction des échanges dans les deux dernières, sans doute due aux coupes de Cassandra ou au fait que les deux sœurs étaient moins souvent séparées. L’ouvrage s’achève sur le testament de Jane Austen, désignant Cassandra comme exécutrice testamentaire. Moment profondément émouvant, d’autant qu’il s’agit de la seule lettre conservée de 1817.
Mon seul regret : ne pas avoir accès aux réponses de Cassandra, qui auraient offert un véritable dialogue. Mais tel n’est pas le propos ici, centré sur la voix et le talent épistolaire de Jane Austen.
On referme ce livre avec le sentiment d’avoir été admis dans un cercle intime et précieux. Une lecture parfois laborieuse tant le réseau social de Jane Austen est foisonnant, mais une expérience riche et profondément attachante. Un privilège rare : entrevoir la vie quotidienne d’une autrice qui, aujourd’hui encore, nous fait rire, réfléchir et rêver.
Ma chère Cassandra, de Jane Austen
Je poursuis mon incursion dans l’univers austenien en ouvrant cette fois une porte plus intime : celle de la correspondance de Jane Austen, où l’autrice se dévoile avec esprit, lucidité et une modernité surprenante.
Auteur · 19 février 2026
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