Il faut savoir que j’ai abordé ce livre avec curiosité, et je l’ai terminé avec une certitude : le numérique n’est ni neutre, ni égalitaire. À rebours des discours dominants qui présentent la technologie comme un progrès universel, Mathilde Saliou démontre, avec rigueur, comment les outils numériques reproduisent et aggravent les inégalités existantes, en particulier celles liées au genre.
Ce qui m’a immédiatement marquée, c’est la construction du livre. Chaque chapitre débute par un fait divers, une situation concrète, souvent troublante, mais toujours parlante. Ces récits agissent comme une porte d’entrée accessible à toutes et tous. Avant même d’entrer dans l’analyse, on comprend et ressent. Puis viennent les preuves, les enquêtes, les études, les données. Ce va-et-vient entre réel et recherche rend la démonstration implacable et pédagogique.
J’ai également été sensible à la place que l’auteure s’autorise à prendre dans son propre ouvrage. Mathilde Saliou (journaliste) parle aussi d’elle, de son rapport au numérique, de ses usages professionnels et personnels, de ses questionnements. Jamais de manière égocentrée, mais avec une honnêteté qui renforce je trouve la crédibilité du propos. En se plaçant elle-même dans l’équation, elle rappelle une évidence trop souvent oubliée : nous ne sommes pas spectateurs et spectatrices du numérique, nous en sommes des acteur·ice.s quotidien·ne.s.
Au fil des pages, j’ai découvert (parfois avec sidération) l’ampleur des biais sexistes intégrés aux technologies que nous utilisons chaque jour : algorithmes discriminants, outils de surveillance facilitant les violences conjugales, reconnaissance faciale défaillante pour les femmes et les personnes racisées, économie numérique reposant sur un travail féminin invisible et précaire. Rien n’est laissé au hasard, rien n’est asséné sans être solidement étayé.
Ce que j’apprécie dans Technoféminisme, c’est que le livre ne se contente pas de dénoncer. Il donne des clés de compréhension. Il nous apprend à regarder autrement, à questionner ce qui semblait aller de soi, à refuser la naïveté technologique. C’est un ouvrage politique au sens le plus noble : celui qui éclaire pour permettre l’action.
Pour moi, ce livre fait partie de ceux que l’on devrait toutes et tous lire absolument. Parce qu’il est nécessaire. Parce qu’il est intelligent. Parce qu’il est accessible sans jamais être simpliste. Et surtout parce qu’il nous concerne toutes et tous, que nous soyons conscientes ou non de l’impact du numérique sur nos vies.
Je referme ce livre convaincue d’une chose : comprendre le numérique aujourd’hui, c’est déjà commencer à le transformer. Et je compte bien garder ceci en tête en tant que développeuse web.
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