Chronique Littérature 01 décembre 2025 · 3 min de lecture

Wicked, de Gregory Maguire

J'aurai vraiment aimé apprecier ce roman, malheureusement cest une petite déception pour moi ...

Auteur · 01 décembre 2025
Image fournie par l’auteur

L’univers du « Magicien d’Oz » remonte à l’ouvrage original The Wonderful Wizard of Oz, écrit en 1900 par l’auteur américain L. Frank Baum. Dans ce roman pour enfants, Dorothy, une jeune fille du Kansas, est propulsée par un cyclone dans le pays magique d’Oz : pour rentrer chez elle, elle doit vaincre la terrible méchante sorcière de l'ouest.
L'adaptation au cinéma par Victor Fleming en 1939, a fortement contribué a la popularisation de ce conte, devenant une référence culturelle majeure. Avec le temps, le mythe s’est décliné dans différents supports — livres, spectacles, adaptations diverses — nourrissant l’imaginaire collectif autour d’Oz et de ses personnages.

Des décennies plus tard, l’auteur Gregory Maguire a réinventé ce monde avec un prisme radicalement différent : sa version sombre, adulte et politiquement plus nuancée d’Oz déconstruit le conte originel — c’est dans ce cadre que s’inscrit Wicked.

Gregory Maguire, est surtout connu pour sa série The Wicked Years, dont Wicked est le premier tome.
Dans ce roman, il propose de raconter l’histoire de la Méchante Sorcière de l’Ouest, non pas comme un antagoniste purement maléfique, mais comme un personnage complexe, avec une histoire, des motivations, des blessures — un angle empathique et critique du conte traditionnel.
Son univers d’Oz n’est plus celui du conte pour enfants, mais un monde chargé de conflits, d’injustices sociales, d’ambiguïtés morales — en cohérence avec les caractéristiques d’une fantasy adulte, souvent teintée de satire, de politique ou de questionnements sur le bien et le mal.

Au départ, j’ai trouvé la lecture plutôt sympathique. L’idée de revenir sur l’histoire de la Méchante Sorcière de l’Ouest, de la montrer sous un angle intime et nuancé, avait quelque chose de très attractif. D’emblée, on sent que le roman propose une vision radicalement différente de celle véhiculée par le film récent : le parcours des personnages, leur tempérament, l’ambiance générale, tout s’écarte nettement de l’adaptation à l’écran. Cela suscite une curiosité réelle, un petit frisson d’exploration — l’impression de redécouvrir un mythe familier à travers un prisme inédit.

Cependant, assez vite, la lecture s’est complexifiée. Le roman est construit en tableaux distincts, séparés par des ellipses parfois longues, ce qui donne une impression de récit morcelé, presque décousu. À mesure que l’on avance, rattacher les fils devient difficile, et cet éclatement structurel finit par nuire à l’immersion. J’ai eu la sensation de passer d’un bloc narratif à l’autre sans toujours comprendre comment on était censé tisser ensemble ces morceaux d’existence. Cela crée une forme de distance, d’autant plus que l’écriture elle-même demeure très froide, presque clinique par moments. Elle laisse peu de prise à l’empathie : on observe les personnages, mais on entre rarement en résonance avec eux.

Un élément m’a néanmoins plu : l’absence totale de triangle amoureux. C’est un procédé narratif que je trouve aujourd’hui épuisé, ressassé à l’excès, surtout dans les réécritures ou les adaptations « modernisées » de classiques. Le voir enfin disparaître, notamment quand il est au contraire très présent dans l’adaptation cinématographique récente, a eu quelque chose de rafraîchissant. Le roman refuse cette facilité narrative, et c’est un choix que j’ai vraiment apprécié.

Mais malgré cet aspect positif, la lecture s’est révélée de plus en plus laborieuse. La distance de l’écriture, la fragmentation du récit, et la difficulté à se sentir réellement concerné par ce qui arrive aux personnages ont fini par éroder le plaisir que j’avais au début. Si bien que j’ai tourné la dernière page avec un certain soulagement — ce qui n’est jamais bon signe. Au final, mon expérience de lecture n’a pas été très agréable, malgré quelques intentions intéressantes et un potentiel indéniable.

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